Petit ange

C’est avec une grande tristesse que j’écris cet article en hommage à un petit être que nous ne connaîtrons jamais.

Je dédie cet article à toutes les mamans qui ont perdu un petit enfant mais aussi à celles en mal d’enfant.

Qui suis-je, moi, pour écrire un article sur cette souffrance, p’tite fée, une maman de deux petits gnomes et bientôt un troisième, mais qui a un coeur gros et qui souffre de voir des amies, des êtres chers à son coeur vivre des moments difficiles. Une maman qui a du mal à comprendre certaines aberrations.

Je ne suis pas Don Quichotte, qui partait se battre contre les moulins à vent, loin de là et je ne suis pas là pour polémiquer sur le choix ou non d’avoir un enfant. Je suis là pour raconter l’histoire d’un petit être parti trop tôt au paradis, un petit ange qui ne demandait qu’à vivre mais la vie en a décidé autrement.

Pourquoi écrire sur ce petit ange ? Car je connais très bien sa maman et je sais combien sa perte a été douloureuse et qu’elle ne s’en remettra jamais. Quelle mère se remettrait de la perte de son ou ses enfants et ce quel que soit l’âge ? Cela ne devrait pas exister et pourtant chaque jour des femmes vivent ce drame. Sont-elles bien entourées dans ce deuil ? Pour certaines oui mais pour d’autres non et là elles sont face à face à leur douleur, l’injustice de la vie et personne pour les entourer, les réconforter de cette perte irrémédiable.

Pour mettre une image sur cette douleur vécue, pour moi par procuration,  jour après jour par la maman, je vais vous raconter son histoire.

L’annonce de sa grossesse a été la nouvelle la plus merveilleuse qu’il m’ait été donné d’apprendre. Petite salamandre, du plus loin que je m’en souvienne adorait les enfants et eux le lui rendaient bien. Mais s’occuper des enfants des autres s’était bien mais son plus cher désir était de devenir mère à son tour. La vie en avait décidé autrement, elle a mis sa vie entre parenthèses et dit adieu à ses rêves lorsque sa maman s’est retrouvée handicapée suite à une attaque vasculaire cérébrale pour s’occuper à temps plein d’elle c’est à dire 24h sur 24h. Plus de place pour ses rêves de fonder une famille à son tour. Mais le destin en avait décidé autrement, elle avait trouvé le grand amour,  » son namour  » comme elle aime si bien le dire. Elle a tout quitté pour lui et la promesse d’un avenir meilleur et à la clé la chance d’avoir un enfant enfin. Plus de trois ans de vie commune après le miracle s’est enfin produit, elle était enceinte,  elle vivait sa grossesse avec plénitude, parlant de ses petits soucis par écran et clavier interposés, nous vivons à plus de 1000 km l’une de l’autre. Moi j’étais déjà maman de ma petite crevette.

Elle envisageait l’avenir avec bonheur, enfin un petit bébé allait venir égayer sa maison, tous les deux faisaient des projets pour le bébé, ils commençaient à organiser leur vie future à trois au quotidien, sa garde, les horaires de travail aménagés pour s’en occuper un maximum etc. Leur mariage était prévu pour le mois d’Aoùt 2008.

Mais la vie en a décidé autrement, ce bonheur ne lui serait pas accordé. Première échographie, elle va enfin découvrir son bébé, son petit amour. Premier rendez vous un peu tardif par manque de places. Elle a lieu normalement vers 2 mois et demi 3 mois maxi mais là elle en est à 4 mois. Elle découvre enfin son bébé et s’émerveille qu’il soit si beau, si petit, si parfait à ses yeux. Mais au cours de l’examen, elle voit l’échographiste faire une drôle de tête puis appeler un de ses confrères et là le doute s’installe, elle commence à avoir peur de ce qui se passe et personne pour la rassurer, lui dire quoi que ce soit. Elle est seule face aux doutes qui l’assaillent. L’examen prend fin, enfin va t’ elle savoir ce qui se passe même si pour elle cet examen était trop court, elle aurait aimé voir encore son bébé, son petit miracle, un pied de nez à la vie qui lu avait refusé la joie d’être mère jusque là.

Le médecin la prend à part dans son cabinet, un air compassé, mal à l’aise. Là elle sait que cela n’ira pas aussi bien qu’elle le pensait. Le verdict tombe, son enfant est atteint d’une malformation. Et là pleins de choses passent par la tête, pas grave j’assumerai un bébé atteint d’un handicap, mais malheureusement cette malformation congénitale est irrémédiable, rien ne peut être envisagé. Il s’agit d’une anencéphalie, le bébé est condamné. Le médecin lui explique ce que c’est, les conséquences et les choix qui s’offrent à elle.

Un bébé atteint  de cette malformation n’a aucune chance de survie, à long terme; soit il est mort né soit il survit quelques heures voire quelques jours. L’anencéphalie touche une partie du cerveau et le système nerveux, il lui manque une partie du crâne, de ce fait il ne peut vivre. Ils ne souffrent pas. Deux options s’offraient à ma soeur, soit continuer sa grossesse, soit avorter de suite.

Quel cruel choix pour une maman, continuer une grossesse en sachant que le bébé ne survivra pas ou le laisser partir de suite et essayer de faire son deuil.

Elle a choisi l’avortement, trop dur pour elle de continuer une grossesse sachant que le bébé ne survivra pas, elle, déjà si fragile n’aurait pas supporté. Mais le plus dur a été de faire face aux regards de l’infirmière qui l’a regardée comme une meurtrière ne sachant rien de son histoire, la jugeant sans savoir. Quelle détresse pour ma soeur, j’aurais aimé être auprès d’elle pour l’accompagner dans ce moment terrible de sa vie. La décision la plus dure de son existence. 

Je ne sais pas quelle aurait été ma décision mais quelle situation intolérable, savoir qu’on ne vivra jamais avec son bébé, qu’on ne le verra pas grandir, faire ses premiers pas, l’accompagner la première fois à l’école.

Et oui, ce petit ange aurait 3 ans si il avait vécu, il aurait  fait sa première rentrée scolaire. Et çà elle ne le vit pas aujourd’hui. Et je sais qu’elle souffre tous les jours de son absence même si aux yeux des gens elle est heureuse, qu’elle rit, qu’elle profite de la vie. En fin de compte elle survit, et vit un peu ma vie de maman par procuration. Mes enfants sont un peu ceux qu’elle n’a pas. Elle souffre de me voir maman et est à la fois heureuse pour moi et d’être tatie et marraine.

Pour moi, ce petit chérubin me manque cruellement aussi. Quelle joie j’aurais eu d’être tatie pour la première fois et  mes enfants auraient été heureux d’avoir un cousin ou une cousine pour jouer avec eux. La vie est cruelle parfois pour ne pas dire souvent. Alors je m’insurge lorsque je vois des personnes qui choisissent par confort de mettre fin à une grossesse non désirée alors que d’autres n’arrivent pas à en avoir.

Petit ange, sache que ta maman ne passe pas un jour sans penser à toi, elle te t’oubliera jamais aussi longtemps qu’elle vivra et tatie pense aussi à toi. Elle aurait tant aimé te connaître, te serrer dans ses bras, te voir jouer avec cousin et cousine, voir ta maman heureuse de t’avoir.

Mon seul souhait : que ta maman puisse connaître à nouveau la joie d’être enceinte et de voir grandir cet enfant mais sache que si un petit frère ou une petite soeur arrive, elle ne t’oubliera jamais, toi, son petit ange au paradis auprès des autres personnes chères à nos coeurs à ta maman et à moi ta tatie.